La Montagnette par Paul Bosc

 

Un grand pas en avant…

 

Cette petite phrase fait toujours sourire car, en l’évoquant, il revient en mémoire cette formule : « Nous sommes au bord du précipice, nous allons faP1050789ire un grand pas en avant », extraite du rapport de Standard & Poor qui a de nouveau baissé la note de la France, de AA+ à AA en novembre 2013. A l’Association sportive des retraités nîmois, les côtes s’écrivent avec un accent circonflexe sur le « O » et, à part le trésorier, personne n’évoque les montées et descentes des bourses…

 

Donc, ce grand pas en avant que nous voulons évoquer est le passage  à l’échelon supérieur de la randonnée pédestre, de cinq licenciés de l’ASRN de la « balade » du jeudi à la randonnée du mardi. Fabienne, Marie-Claude, Chantal, Evelyne et Paul ont tenté l’aventure avec cette sortie conduite par Jean-Pierre Chabert de l’Abbaye de Frigolet (de farigoule, le thym qui couvre toute la colline et qui donne à la liqueur son goût unique) à Boulbon avec retour par le fameux « San Salvador » planté à 161 mètres d’altitude et qui offre un panorama  exceptionnel de la Méditerranée à la Chartreuse de Villeneuve d’Avignon en passant par les Alpilles et la vallée du Rhône, les usines fumantes de Tarascon ou la haute cheminée de la centrale thermique d’Aramon qui avait été construite au début des années 70 pour la première crise du pétrole).

 

Mais d’où vient ce nom ?  D’Amérique Centrale ? Que nenni. Toutefois le mystère restera, pour l’instant, entier. Le moteur de recherche d’Internet ne donne aucune définition de ce saint-Sauveur aux consonances ibériques. Il est seulement proposé une autre appellation : « les rochers de Raous ». Point final sur le chapitre puisque 021nous sommes à ce sommet, tout près de l’abbaye de Saint-Michel de Frigolet et que nous aurons alors parcouru entre 14 et 17 kilomètres selon les GPS ou podomètres en possession des 16 randonneurs présents ce mardi-là. Et encore on a bien failli perdre l’auteur de ces lignes qui, n’écoutant pas sa mère qui lui a pourtant répété maintes fois cette recommandation « lèves tes pieds quand tu marches » s’est lamentablement affalé après s’être embronché dans une pierre.

 

Pin-pon, Pin-pon le maître sauveteur Daniel arrive sur les lieux de la chute, dianostique, ouvre sa boîte à ouvrage, coupe un morceau de sparadrap, l’applique sur le nez du blessé, Monique fait couler quelques gouttes d’eau de mélisse sur un morceau de sucre, un autre randonneur a déjà appliqué sur les points de blessures (légères) un peu de desinfectant. Plus de peur que de mal.

 

Une petite visite à l’église de Saint-Michel de Frigolet qui offre une magnifique crèche en bois d’olivier offerte 126ec4fe d8ee 4d7d b6c7 b173fe03636d

par un judoka nîmois célèbre, ancien officier de l’armée de l’air qui, dans les années 50-60, avait créé le premier

judo-club à la rue de Beaucaire et fait découvrir ce sport de combat à des générations de jeunes nîmois.

Il s’appelait Charles Toni. C’est André qui me rappelle ce souvenir.

 

Par contre, la petite troupe évite la boutique de l’abbaye où il est à peu près certain qu’il existe encore  quelques bouteilles de « l’élixir du révérend père Gaucher », célèbre conte d’Alphonse Daudet dans ses « lettres de mon moulin » et que Michel Galabru, qui vient de disparaître, avait repris le rôle dans un théâtre parisien. « Cette liqueur verte, dorée, étincelante, exquise ; c’est l’élixir du Père Gaucher, la joie et la santé de notre Provence ; on le fabrique au couvent des Prémontrés ». écrit l’auteur nîmois.

 

On ne touche pas à cela à l’ASRN. Nous sommes, pour ainsi dire, des images de vertus !

 

D’accord ! Nous ne sommes pas au confessionnal.

 

Un petit cordial, un peu de cartagène à l’apéro, un peu de Marie-Brizard sur le café n’a jamais tué personne et si l’on ajoute que quelques carrés de chocolat fantaisie ou quelques papillotesP1050794 sont très agréables à des palais asséchés par toute cette route, on reste tout à fait intègre envers la législation : « à consommer avec modération.»

 

D’ailleurs, on méritait bien cette petite halte-déjeuner sur un versant de colline ensoleillé après avoir croisé la belle maison d’Iñes de la Fraisange, célèbre mannequin parisien installée en Provence et même une manade de taureaux qui avait été mise en place là, parce que le propriétaire voulait faire plaisir à Monique, dont le taureau est une religion.

 

On n’oublie pas Boulbon, les vestiges de son château dressé dans la colline près d’un moulin, citadelle inviolable qui domine la vallée du Rhône et le charmant village provençal aux pierres dorées, aux rues et places pavées et sa belle église. Un village qui garde une coutume ancestrale :  le 1er juin de chaque année, pour la Saint-Marcelin, le prêtre conduit une procession constituée uniquP1050788ement des hommes du village qui porte une bouteille de vin jusqu’à la chapelle où ils ne peuvent entrer que sans femmes ni compagnes. Après la messe et les prières, le curé fait ouvrir les fioles et chacun boit un petit verre du breuvage puis, l’abbé bénit les bouteilles dont le contenu servira  à soigner, tout au long de l’année, quelques maux.

 

On ne mentira pas en vous disant que le lendemain les muscles étaient quelque peu douloureux mais l’expérience a été réussie. Sûr que nous reviendrons.